C'est le printemps à la Saint-Valentin -  La Montagne du 12 février 2016

Le jardin de

Texte : Jean-Pierre Ducros

Photo : Dominique Parat

Voilà que le printemps manifeste déjà ses premières ardeurs. Avec un bon mois d’avance. Laissant les jardiniers forts dépourvus de n’avoir point vu la bise jouer son rôle bienfaiteur.

Les arbres bourgeonnent. Certains mêmes, tels les pêchers, s'empourprent déjà. Le jasmin, lui aussi, est en fleur. Tandis que les rosiers s'enhardissent et que les pâquerettes tapissent les pelouses.

C'est le printemps à la Saint-Valentin ! Avec un bon mois d'avance. Sans qu'on n'ait même vu passer l'hiver. De mémoire de jardinier, c'est du jamais vu. Au point que beaucoup se retrouvent, aujourd'hui, fort dépourvus de n'avoir point vu venir la bise. Faut-il déjà tailler, planter, semer ? Ou attendre encore un peu ? Cette météo tourneboulée va-t-elle avoir un impact sur les productions à venir ?

Pour essayer de comprendre ce qui se passe et s'adapter sans trop de risque, rien de tel que l'avis de deux experts, Jean-Louis Gauthier, président des Amis des arbres, et Claude Grollet, président des Jardiniers du Bourbonnais.

Le jardin ne s'en tire pas trop mal. L'hiver a relativement épargné les jardins. « On a eu une vraie gelée en décembre, et c'est à peu près tout », constate Jean-Louis Gauthier. Résultat, « on a encore des cardes, des choux, des épinards, des poireaux et même des salades ».

La douceur a eu du bon : « Les vers de terre ont pu travailler en surface tout l'hiver et, là, c'est du bon boulot », se réjouit le jardinier retraité. Revers de la médaille : elle n'a pas permis d'éliminer la « vermine » (pucerons pour l'essentiel). « Il faudra donc traiter avant que les parasites n'apparaissent », indique Claude Grollet ».

Autre effet pervers : la terre n'a pas bien « foisonné ». « Elle ne s'est pas émiettée, déplore Claude Grollet. Du coup, la terre ne sera pas meuble au printemps et les semis seront difficiles. La production risque donc d'être moins importante ».

Les arbustes en souffrance. Les arbres et les plantes arbustives ont besoin qu'il fasse froid pour se reposer. « Là, explique Jean-Louis Gauthier, comme il a fait doux, ils restent en action. C'est pas bon, ça les affaiblit ». Le grand risque, évidemment, c'est le gros coup de gel sur les fleurs. « Là, ce serait cuit pour les fruits », craint Claude Grollet.

L'autre souci, c'est que les arbres les plus faibles, parce que déshydratés après plusieurs périodes de sécheresses, ne survivent pas au retour de bâton climatique.

Est-ce le bon moment pour planter ? Les arbres, oui. « C'est même idéal en ce moment, assure Jean-Louis Gauthier. En fait, on pouvait le faire tout l'hiver puisqu'il n'a quasiment jamais gelé ».

Dans les jardins, en revanche, c'est encore trop tôt. « Il fait bon mais le sol est encore froid », objecte Claude Grollet. « Les graines mettraient trop longtemps à germer et cela aurait un impact sur le rendement ». La période est plutôt propice à l'étalement du compost et du fumier. « Pour les semis, vaut mieux attendre fin mars-début avril ».

Faut-il tailler les pousses précoces ? « Il ne faut pas commencer trop tôt, préconise Jean-Louis Gauthier. Même s'il y a déjà des pousses. Parce que ça fait repartir les pousses et qu'on n'est pas à l'abri d'un coup de gel. Mieux vaux attendre la fin du mois. La règle en la matière, c'est "Taille tôt, taille tard, rien ne vaut la taille de mars" ».

L'astuce du moment : une poule dans le jardin. « C'est tout bénéf, promettent les deux experts. Elle gratte la terre et mange la vermine. Au passage, elle dépose un peu d'engrais naturel. Et, avec un peu de chance, elle vous laisse un oeuf en prime. Il y a trente ans de ça, on en rigolait. Maintenant, tout le monde y vient, même les pros ».

==> Pratique. Les Amis des arbres (70 adhérents) et les Jardiniers du Bourbonnais (90 adhérents) organisent régulièrement des réunions, des conférences et des formations. Renseignements sur lesamisdesarbres.fr et lesjardiniersdubourbonnais.fr.